Temp-éré

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Viol

Les premiers hommes ont, semble-t-il, occupé toutes sortes d’habitats a l’intérieur d`une zone de régions tropicales et semi-tropicales allant de l’Ethiopie à l’Afrique méridionale. La population était peu nombreuse, clairsemée. vivant en groupes qui dépendaient principalement de la cueillette des noix, des graines et des plantes, accessoirement du dépeçage de cadavres d’animaux tués par d`autres prédateurs et peut-être de la chasse à quelques petits mammifères. Cueillette et chasse persistèrent comme unique mode de vie des hommes jusqu’au développement de l’agriculture voilà quelque dix mille ans.
Selon une opinion communément admise. voilà, pour citer Thomas Hobbes, une existence « dure, brutale et brève ». Au cours des trente dernières années, de nouvelles études anthropologiques portant sur les derniers groupes humains qui adoptaient encore ce moyen de subsistance (les Bochimans. les Hadza et certains Pygmées en Afrique, quelques groupuscules en Inde et en Asie du Sud-Est. certains aborigènes d’Australie, Inuits d`Arctique et indigènes des forêts tropicales d`Amérique du Sud) ont apporté un éclairage fascinant sur la façon dont les hommes ont vécu durant l’énorme majorité de leur histoire et dont ils se sont intégrés à leur environnement. Ces travaux ont montré qu’il était autrefois relativement facile d`extraire une nourriture suffisante des écosystèmes naturels alors beaucoup plus productifs que ceux au sein desquels vivent aujourd’hui ces Sociétés marginales.

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Ce qui ressort de ces nouvelles recherches. c’est une vue plus positive des groupes pratiquant la chasse et la cueillette. En général, ils ne vivent pas sous la menace constante de la famine. Ils ont plutôt un régime bien équilibré fondé sur une large gamme des ressources alimentaires disponibles. Cette grande variété de nourriture ne représente normalement qu’une faible proportion de la totalité des aliments produits par leur environnement. La recherche de la nourriture n`occupe qu’une petite partie de la journée, laissant beaucoup de temps libre pour les loisirs et les activités cérémonielles. La plupart de ces groupes se contentent de très peu : leurs besoins sont limités et une abondance de provisions constituerait une entrave à leur style de vie nomade. Le mode de vie varie au rythme des saisons. Chaque groupe est constitué de vingt-cinq à cinquante personnes. Les cérémonies, mariages et autres activités sociales sont l’occasion de rassemblements plus importants. Au sein d’un groupe. la notion de propriété de la nourriture n’existe pas : les aliments sont à la disposition de tous.

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Au cours des quelque huit mille ans qui se sont écoulés depuis l’apparition de sociétés agricoles sédentaires, l’histoire humaine, dans son acception la plus large, a tourné autour de l’acquisition et de la distribution des surplus alimentaires et des usages qu’on en faisait. L’importance des surplus disponibles pour telle ou telle société a déterminé le nombre et l’étendue des autres fonctions – religieuses, militaires, industrielles, administratives et culturelles – qu’elle peut supporter. Sans ce surplus, il aurait été impossible de nourrir des prêtres, une armée, des ouvriers, des administrateurs et des intellectuels. Le lien était peut-être plus évident dans les sociétés primitives plus simples, mais il existe encore dans les sociétés contemporaines. Dans l’Europe médiévale, comme dans bien d’autres sociétés féodales et quasi féodales, il existait un lien direct entre la surface de terre possédée et les prestations de service militaire ; et l’Eglise obtenait de quoi nourrir ses serviteurs soit parce qu’elle possédait directement la terre, soit en percevant une dîme. La redistribution de la nourriture est un phénomène qu’on retrouve aussi bien au sein des sociétés que dans les rapports entre sociétés. Toutes doivent disposer d’un mécanisme organisant la répartition des surplus alimentaires aux non-fermiers. Ce peut être grâce à la possession directe des terres par les dirigeants les élites et les organisations religieuses – comme c’était le cas dans les sociétés préindustrielles. Ou bien grâce a un mécanisme de marché (appuyé par d’importantes subventions), comme c’est le cas dans les sociétés occidentales industrialisées d’aujourd’hui. Ou encore grâce à des mécanismes religieux, sans doute renforcés par la menace de la force, comme dans de nombreuses sociétés antiques, voire par l’emploi de la force, comme l’a démontré l’Union soviétique au début des années trente, à l’époque de la collectivisation et de l’industrialisation. Le développement de grands Etats et d’empires a permis d’extraire un surplus de nourriture des territoires soumis en incitant de diverses façons leurs habitants à installer des cultures conçues pour la puissance dominante.

Clive Ponting

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