Temp-éré

traces

Peut-être

6.431 – Ainsi dans la mort, le monde n’est pas changé, il cesse.

6.4311 – La mort n’est pas un événement de la vie. On ne vit pas la mort.

Si l’on entend par éternité non la durée infinie mais l’intemporalité, alors il a la vie éternelle celui qui vit dans le présent.

Notre vie n’a pas de fin, comme notre champ de vision est sans frontière.

6.4312 — L’immortalité de l’âme humaine, c’est-à-dire sa survie éternelle après la mort, non seulement n’est en aucune manière assurée, mais encore et surtout n’apporte nullement ce qu’on a toujours voulu obtenir en en recevant la croyance. Car quelle énigme se trouvera résolue du fait de mon éternelle survie ? Cette vie éternelle n’est-elle pas aussi énigmatique que la vie présente ? La solution de l’énigme de la vie dans le temps et dans l’espace se trouve en dehors de l’espace et du temps.

(Ce n’est pas la solution des problèmes de la science de la nature qui est ici requise.)

6.432 – Comment est le monde, ceci est pour le Supérieur parfaitement indifférent. Dieu ne se révèle pas dans le monde.

6.4321 – Les faits appartiennent tous au problème à résoudre, non pas à sa solution.

6.44 – Ce n’est pas comment est le monde qui est le Mystique, mais qu’il soit.

6.45 – La saisie du monde sub specie ceterni est sa saisie comme totalité bornée.

Le sentiment du monde comme totalité bornée est le Mystique.

6.5 – D’une réponse qu’on ne peut formuler, on ne peut non plus formuler la question.

Il n’y a pas d’énigme.

Si une question peut de quelque manière être posée, elle peut aussi recevoir une réponse.

6.51 — Le scepticisme n’est pas irréfutable, mais évidemment dépourvu de sens, quand il veut élever des doutes là où l’on ne peut poser de questions.

Car le doute ne peut subsister que là où subsiste une question ; une question seulement là où subsiste une réponse, et celle-ci seulement là où quelque chose peut être dit.

6.52 — Nous sentons que, à supposer même que toutes les questions scientifiques possibles soient résolues, les problèmes de notre vie demeurent encore intacts. A vrai dire, il ne reste plus alors aucune question ; et cela même est la réponse.

6.521 — La solution du problème de la vie, on la perçoit à la disparition de ce problème.

(N’est-ce pas la raison pour laquelle les hommes qui, après avoir longuement douté, ont trouvé la claire vision du sens de la vie, ceux-là n’ont pu dire alors en quoi ce sens consistait ?)

6.522 — Il y a assurément de l’indicible. Il se montre, c’est le Mystique.

6.53 — La méthode correcte en philosophie consisterait proprement en ceci : ne rien dire que ce qui se laisse dire, à savoir les propositions de la science de la nature — quelque chose qui, par conséquent, n’a rien à faire avec la philosophie —, puis quand quelqu’un d’autre voudrait dire quelque chose de métaphysique, lui démontrer toujours qu’il a omis de donner, dans ses propositions, une signification à certains signes. Cette méthode serait insatisfaisante pour l’autre — qui n’aurait pas le sentiment que nous lui avons enseigné de la philosophie — mais ce serait la seule strictement correcte.

6.54 — Mes propositions sont des éclaircissements en ceci que celui qui me comprend les reconnaît à la fin comme dépourvues de sens, lorsque par leur moyen — en passant sur elles — il les a surmontées. (Il doit pour ainsi dire jeter l’échelle après y être monté.)

Il lui faut dépasser ces propositions pour voir correctement le monde.

Ludwig Wittgenstein

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