Temp-éré

traces

Attendre

Dans cette puissance de l’oubli réside l’intelligence du sentir. Car il est intelligent de tout garder dans l’oubli pour que rien ne soit oublié et pour être prêt à user pour le mieux de ses expériences acquises. C’est jusqu’à cette forme de sentir que devrait conduire l’induction : elle déterminerait la nature de la modification thérapeutique et celle de la relation.
Il est facile de comprendre pourquoi ce sentir propre au vivant est le lieu de la modification. On peut le montrer de plusieurs façons. Lorsqu’on supprime le contrôle de la conscience et de l’intellect, on laisse libre cours non pas à l’inconscient, mais à une sensorialité qui ébranle la fixité de notre appréhension habituelle des choses et des êtres. Le mal-être, quelle que soit sa forme, relève toujours de la rigidité et de l’étroitesse. Or ce sentir se caractérise par une circulation incessante, une mise en communication et en correspondance. En d’autres termes, si nous allons mal, c’est que nous ne voyons pas, que nous n’entendons pas, que nous ne sentons pas. En nous immergeant dans le sentir sans réflexion, nous réapprenons la finesse et la perspicacité du sentir. La solution de nos problèmes se trouve au-dehors, dans une appréhension nouvelle de notre situation. Pour cela, il s’agit de laisser venir à nous tout ce qui est alentour. Ce sentir propre au vivant est d’abord un laisser se mélanger toutes les données et ensuite une attente que tout retrouve sa place.

Le sens n’a plus d’intérêt lorsque les sens fourmillent.

La parole évocatrice peut alors se rassembler dans le silence, un silence gorgé de mots, pourri de significations et fertile comme le terreau

François Roustang

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