JE M’EN FRICHE !!!

Alain Persuy, notre possible conférencier pour 2015, nous a fait cadeau de ce texte que lui a inspiré le site de l’Arboretum. Rencontré lors d’une conférence à Tusson, Alain Persuy est auteur de livres (À la découverte de la France sauvage, Le coteau calcaire, La forêt naturelle…) , photographe, et il est chargé de l’environnement au CRPF.

Nature, mon amie, ma compagne, qui de mes chemins ombrage les parcours, aux heures premières du jour, aux annonces pâles du crépuscule, je m’en friche !!! mal habillée ou mal peignée, tes cheveux fous mêlant la  ronce et l’églantier, la graminée et la  fleur sauvage, qui pourrait nier ta beauté ? Nature, ma confidente, qui ne juge ni ne méprise, mal réveillée, mal apprêtée, si loin des apparences et des fanfares, que tu ne sois pouponnée, maquillée, je m’en friche, le sais-tu ?

J’aime tes espaces spontanés, ces rêves de libre expression, opiniâtres, mal éduqués, refusant la mesure et la norme, la règle et la machine, et qui de l’homme n’ont besoin pour perdurer.

Derniers continents à la fragile virginité, jungles miniatures, que le poète sans doute apprécie plus que le scientifique ; les heures n’y sont comptées, les jours n’y sont relevés, les nuits n’y sont explorées : le petit peuple de plumes, de poils, et d’écailles s’y ébat en toute quiétude, sans nulle autre préoccupation que d’être. L’ombre et la lumière s’y marient aux rosées du matin,  et les parfums indisciplinés s’insinuent au creux des secrets végétaux. C’est un univers de calme et de mousses, d’épines et de nids cachés,  dont les pierres  sont les montagnes et les coulées de l’animal, les vallées.

Partout la vie y palpite,  se coule, s’insinue, se cache : les branches s’entendent pour y tracer des frontières vigilantes et murmurer à ses habitants, qui s’en vient les frôler. L’écho emmène sur ses épaules tendres les rires et les larmes, les soucis et les questions, les épand sur les mailles dispersées du manteau dont il se vêt ; dans ce pays de sauvagerie repose notre  chance de guérisons, le possible de notre respiration.  Qui connait ce monde à part, cet autre temps, parallèle à celui qui s’étourdit de sa course folle ? la friche est un trésor dont chaque pépite brille de mille feux pastels, qui n’est inutile que dans l’esprit de ceux qui sont aveugles à la dimension du mystère.

Que tu n’aies de valeur marchande, justement, je m’en friche. C’est là toute ta gloire et ta raison,

Ton élégance et ton irremplaçable quête.

 Que sur la Terre bétonnée vivent encore longtemps tes magies rebelles et sans papiers.

 

Alain Persuy

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