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Un été 2003
Sécheresse ou chaleur ?
Une question à poser en
préalable !
La situation cet été est
différente de celle des années 90-91 qui marquait la fin d'une longue période
de faible pluviosité, et un phénomène, n'est significatif qu'en rapport aux
phénomènes précédents. Nous parlons bien ici de culture de plantes
naturelles, dans un milieu adapté, à l'écosystème respecté.
Cette année est particulière
puisqu'elle ne suit pas d'autres du même type ; il faut remonter à 98 ou 96
pour retrouver des niveaux de pluviosité "trop" faibles sur une période
significative (respectivement 782 et 677 mm). Or cette année suivant une précédente
humide, a bénéficié d'un printemps exceptionnellement mouillé (287 mm).
Il faut aussi prendre en
compte les dernières tempêtes, leurs influences sur l'état des plantes au début
de la période. On ne peut pas tirer de conclusions après deux mois événementiels
pour un arbre d'une durée de vie moyenne de quelques centaines d'années, ou
une cinquantaine pour un arbuste ; quant aux plantes vivaces, il serait
surprenant que, dans l'histoire de la planète, l'ortie n'ait pas traversé de
pires évènements climatiques naturels.
Une rapide traversée des
paysages du Limousin charentais ne révèle pas d'accident climatique. Les cours
d'eau, de même que nos mares, n'ont pas atteint un bas niveau record, et le
jaune des merisiers, acacias ou châtaigniers est assez banal dans nos fins d'étés
pré-continentaux, même si sans doute un peu plus fréquent cette année.
Eventuellement quelques rousseurs de chênes surprennent plus. Les prés
sur-cultivés à l'engrais ne présentent pas les verts plus intenses que cette
culture artificielle d'herbes manipulées laissait "espérer". Les prés
traditionnels sont plus où moins secs suivant leurs sols d'implantation,
naturellement au milieu du mois d'août.
Dans l'arboretum, avec des
procédés de culture au plus près du naturel, sans engrais, pesticides ou
autre terreau importé, et même arrosages, la situation globale est peu différente.
Les différences, certes apparemment spectaculaires, viendraient donc
essentiellement des causes suivantes :
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L'arboretum est jeune, et
l'écosystème de sous-bois recherché, certainement moins abouti en trente ans
que dans les bois ou forêts.
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La couche d'humus est
toujours d'épaisseur insuffisante pour isoler correctement des écarts de température,
et maintenir, en lui-même et autour, l'humidité nécessaire à l'aspect
recherché.
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Ces sous-bois clairs et
"neufs" suffiraient à expliquer que les jeunes semis spontanés d'érable
sycomore seront moins dominants l'année prochaine.
Les
feuilles fanées, conséquences les plus immédiatement visibles, présentent
trois aspects distincts : vert, marron, et gris.
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les grises, rarement entièrement
"décolorées" les premiers jours, le sont devenues après la seule
averse de fin juillet (2 mm) et le retour immédiat de températures aussi
hautes. Ces feuilles donnaient l'impression d'un début de pourrissement, de
fermentation, processus bloqué par les chaleurs sèches suivantes.
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Les feuilles marron ; bon
! Ca c'est commun en automne ; et cette année presque toutes les fleurs sont
apparues avec un mois d'avance malgré les dernières gelées trop proches d'un
démarrage de végétation tardif alors pourquoi pas un automne précoce aussi ;
et puis, des feuilles grillées, c'est assez courant à n'importe quelle époque.
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Du vert sec, je n'avais
pas eu l'habitude d'en voir souvent ; si peu que de l'entendre, j'en aurais
certainement ri avant . . . moins maintenant quand je me demande ce que vont
devenir les racines privées de toute cette sève restée en haut . . . mais en
quoi ce problème serait-il différent des deux précédents ?
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Une observation des
silhouettes montre deux types de réactions. Sur certaines plantes, les feuilles
du bas, ou celles de l'intérieur, sont fanées ; sur d'autres, ce sont celles
de la tête ou de l'extérieur. Ces dernières seront plus dommageables, entraînant
quelques descentes de cime.
Les
sols spécifiques, arène granitique, argile, limon, ne semblent pas avoir entraîné
de réaction particulière ; peut-être parce que les plantes sont installées
en fonction de cette spécificité. Il semblerait toutefois que les caractéristiques
soient accusées.
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La zone d'argile sableuse
caillouteuse ferrugineuse où, depuis le début, même les frênes ont du mal à
prospérer est particulièrement remarquable. Le chêne vert semble le seul à
bien résister ; le douglas, l'érable sycomore, l'érable champêtre, le
merisier, les sorbiers, les chênes rouge et pédonculé, les bouleaux, et même
l'aubépine, l'ensemble du massif donne l'impression d'un espace desséché. Ces
arbres ont été plantés il y a une quinzaine d'années pour préparer le sol ;
il semble qu'il reste encore quelques efforts à faire (!) malgré l'apport
pendant deux années consécutives de 20 cm de feuilles mortes après que
l'herbe ait naturellement disparu sous l'ombre.
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L'agréable surprise,
malgré l'adéquation sol plante, est bien sur l'arène granitique qui risque être
le massif où il y aura le moins de perte de jeunes plants. Les Prinsepia
sinensis, Acer mono, A. cinarescens, plantés l'hiver dernier n'ont toujours
pas vu leur deuxième arrosoir. Castanea mollissima, depuis quatre ans
sur cette zone, et grillé du gel de printemps, semble au mieux.
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Un peu plus loin, sur le
même sol un peu plus à l'abri du froid, Lagerstroemia présente enfin
une superbe floraison. Si la chaleur lui a fait plaisir, c'est aussi la première
année de mise en forme, cépée, et l'élagage de formation, relativement
important l'hiver dernier, n'est pas non plus étranger à cette abondance. A
son côté, Ziziphus jubile, Eriobotrya japonica et Paliurus
spina-christi restent indifférents
à cette crise de soleil.
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Le limon argileux de bord
de Vienne ne suffit pas à résoudre le problème des vents chauds pour la première
année d'Idesia polycarpa. Tilia kiusiana, malgré sa cépée de
presque deux mètres de haut, s'est satisfait du seul centimètre d'eau estival,
tout comme Orixa japonica pourtant en deuxième essai sur le même sol.
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La nouvelle mare creusée
de cinquante centimètres en sol argileux n'a plus d'eau. Les nénuphars,
pontederias ou sagittaires attendront facilement les pluies de fin du mois ;
si l'eau ne se voit plus, l'humidité est bien présente.
Les
plantes nouvellement installées reçoivent un arrosoir à la plantation,
rarement deux, pour atteindre la saturation d'un volume travaillé minimum ; une
plante adaptée est d'abord une plante adaptable qui cherche à s'adapter. La
seule première année, les promenades s'orientent surtout vers ces plantes afin
d'apercevoir un premier éventuel signe de fanage, immédiatement contrarié par
un nouvel arrosoir. Au fil du temps, cette méthode s'est avérée la plus
satisfaisante, pour la plante, le jardinier et la nappe phréatique.
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Des premières gelées
2002 à fin février 2003, près de deux cent cinquante nouvelles espèces ou
variétés d'arbres et arbustes ont été plantées. Il est probable que deux ou
trois aient échappé à la surveillance. Arbutus menziezi, Deutzia
longifolia, Leucosceptrum canum, Tetracentron sinense, Stewartia ovata,
Zenobia pulverulenta et Magnolia hypoleuca ont été les seuls à
nécessiter une deuxième attention.
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Les magnolias, par
ailleurs, poursuivent leur "croissance d'été" autour de la mare
argileuse, malgré les feuilles jaunissantes qu'ils continuent à perdre. Et le
dernier petit centimètre d'eau a suffi à faire réapparaître de nouveaux
bourgeons sur la plupart des caduques. Le genre s'avère donc d'autant plus
indispensable ; par la résistance montrée aux vents des "grands
feuillages" (M. macrophylla et M. m. var. ashei, M. acuminata, M.
tripetala) et l'insensibilité à la chaleur des "petites
feuilles" (M. kobus et variétés, M. salicifolia, M. cylindrica
ou M. virginiana (var. australis ?) toujours caduque ici,
pour les plus anciens).
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Un premier coup d'œil
confirme que ce sont les plantes d'une quinzaine d'années qui sont
le plus perturbées par ce long coup de
chaleur.
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Eucalyptus
niphophila, presque cet âge,
est le seul qui me désole vraiment, plus aucune feuille pleinement verte,
l'extrémité des rameaux bas sèche, et je n'ai pas envie de prendre d'échelle
pour voir en haut (n'ajoutons pas un stress au stress ; le printemps n'est pas
si près, pour déjà faire des comptes) ; d'autant plus désolant que si
j'avais envisagé de le perdre, ce n'était pas d'un excès de chaleur.
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Parmi les conifères, les
mélèzes, difficiles à cultiver en plaine, confirment cette inadaptation, et décidément,
je n'arriverais pas encore à faire croître un deuxième Tsuga !
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Davidia
a été le premier à perdre toutes ses feuilles début août. A ses pieds
Ouest, celles d'Hamamelis et Fothergilla sont sèches alors qu'en
Est Sycopsis et X Sycoparrotia n'ont pas plus bronché qu'ailleurs
Parrotia, Distylium, Parrotiopsis, ou même Sinowilsonia et
d'autres Hamamelis ; un autre courant d'air brûlant ?! Des hamamélidacées,
les Corylopsis semblent de comportement très différent suivant
les espèces, indifféremment du sol. Les Enkianthus s'échelonnent entre
l'inquiétant et le relatif (!)
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pour Chorespondia,
juste quelques feuilles basses légèrement jaunes, les trois Ehreitia,
parfaits, comme les cinq espèces et
variété de Liquidambar. Gymnocladus dioecus baisse les feuilles
sans faner, Idesia polycarpa var. vestita résiste presque aussi bien qu'Asimina
triloba et les Camellia nettement mieux que les Rhododendron.
Tous les Stewartia ont les feuilles à demi grillées sans doute sans
grandes conséquences ; Comme les Styrax, Pterostyrax ou Halesia,
les Nyssa prouvent une fraîcheur certaine des sols. Quant à Sassafras
tzumu, aussi sec cet été que gelé la plupart des hivers, il est à considérer
définitivement trop au Nord-est du pays.
Canicule,
gel, tempêtes, inondations . . . et trente ans d'arboretum : il suffirait de
penser chaleur, froid, vent, eau, et vivre le jardin, ce lieu d'excès d'un
renouvellement perpétuel d'expériences. Certes, les effets seront plus conséquents
que prévu, mais moins importants que supposés ; parce que nous savons bien que
la chaleur s'additionnera au vent plus qu'elle ne l'aura suivi. Les déstabilisations
dues à la tempête ne sont pas encore toutes révélées, entre autre. Mais
enfin ! Je ne me risquerais pas à définir l'excès des pays tempérés, et je
crois bien que demain matin si je ne me levais plus jamais, je penserais alors
que le temps d'aujourd'hui était beau, parce qu'au bout du compte, c'est
surtout lui qui fait pousser les arbres.
P.
S. : Picea breweriana aura aussi rendu l'âme et le reste cet été. Ces
fameux petits vers communs des jeunes conifères, qui percent le travers du bois
de l'écorce au cœur auront eu raison de lui en deux ans. Cet âge de sage fainéantise
que j'atteins m'empêchant de perturber la vie de ces êtres m'obligera à le
remplacer, mais c'est une autre histoire . . . peut-être.
Arboretum
du Chêne-Vert, 25 août 2003 |